La soupe se discocratise

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Un appartement en chantier dans lequel il vient d’aménager, une cuisine en matériaux de récup’, des cagettes en bois en guise de placards Ikea, une terrasse avec vue sur l’est de Paris où ses colocataires boivent l’apéro.
La casquette encore vissée sur la tête, les béquilles à peine posées –mauvaise entorse-, Antoine Delaunay est l’image de son environnement familier, accessible et franc du collier. Il manie le je-nous avec agilité, une langue dont il a tiré la recette de Disco Soupe.

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Disco Soupe, peut être en avez-vous entendu parlé ? La plupart des festivals, réunions de militants, rassemblements citoyens s’en inspirent aujourd’hui pour mettre une louche de convivialité et de chasse au gaspi dans leurs menus.

La recette est simple et disponible sur le site en open source. Récupérez des invendus où vous voulez, armez vous de gamelles et d’épluche-légumes, montez le son, trouvez des bras pour vous aider. Ca marche également avec les salades, les jus de fruits. Tout ce qu’on peut se cuisiner ensemble, à partir d’invendus et se partager ensuite se prête à l’exercice. Il suffit de télécharger les discommendements à suivre, comme respecter l’esprit récup’ et n’afficher ni marque, ni logo, ni parti, ni chapelle.

DiscoSoupe-Presentation

Si Disco Soupe s’est si vite hissée au rang de soupe la plus populaire de France, et pas que chez les écolos, ça n’est pas seulement parce que depuis la nuit des temps, la bouffe et la musique font bon ménage. Sinon ca ne s’appellerait pas Disco Soupe.

Antoine et Clément, deux des compères à l’origine du mouvement sont plutôt des discrets qui ne prétendent pas avoir inventé la soupe: «les partisans du slow food, en Allemagne, avaient déjà organisé des manifs contre la malbouffe en épluchant de légumes récupérés sur les marchés, dans des techno parade. Nous avons repris l’idée avec quelques copains, et réalisé la première dans un espace de coworking parisien en 2012.»

Rien inventé peut être sauf un nom de scène efficace et un mode de gouvernance original, collectif et évolutif, –qu’ils ont baptisé discocratie– qui a permis au mouvement de se propager en open source, via les réseaux sociaux et locaux, sans chef, fanfare, ni trompette, sans gloire, prise de pouvoir, ni prise de tête.

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Peut être un jour la discocratie sera-t-elle étudié dans les écoles de commerce? Attention à bien en saisir le vocabulaire : en interne potAG s’écrit sans e, et la Discothèque n’a pas grand-chose à voir avec celles que vous fréquentez.

De l’idée au mouvement

Artisan et fondateur de la Discocratie , Antoine avait des aptitudes à devenir discocrate. D’abord un passé de consultant en système d’information dans une multinationale. Il monte un réseau social d’entreprise pour changer la façon dont les salariés interagissent. Situé 35eme échelon d’un modèle lourd et figé, il s’épuise et préfère développer des projets innovants pour MakeSense, une communauté de facilitateurs de projets sociaux et solidaires, dans laquelle il fait ses classes. Il y travaille toujours. «L’environnement et les défis à relever sont hyper stimulants.»
Disco Soupe, lancée entre-temps, commence à grandir. La formule séduit, et les demandes pour en organiser affluent. De réseaux sociaux en réseaux locaux, les bonnes pratiques se transmettent vite. Pour y contribuer, Clément et lui rédigent une charte de valeurs, plus efficace que des process à respecter «que nous n’aurions jamais pu valider, tant la charge de travail aurait été inhumaine.»
Naissent ainsi les fameux discommandements qui résument l’esprit des événements Disco Soupe. C’est la charte commune à tous les membres et sympathisant du mouvement, et toute personne la respectant est libre d’utiliser le nom « Disco Soupe » pendant un événement.

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«La croissance rapide du mouvement dès le début nous a poussé à laisser une grande marge de manœuvre aux groupes locaux en constitution dans les différentes villes, et à rendre notre format aussi ouvert que possible. Pour lier le tout, le Disco Soupe Crew, groupe de discussion sur Facebook, se charge de créer un sentiment communautaire et une stimulation mutuelle positive». Courant 2013, la montée en compétence d’individus motivés et engagés partout en France leur permet se de passer de décisions prises par un groupe resserré de fondateurs à une gouvernance collective et répartie sur tout le territoire : c’est tout l’enjeu de la Discothèque, conseil d’administration, ouvert à tous ceux qui veulent contribuer au développement du mouvement. Parmi eux, certains sont passés par l’université du Nous.

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Ils ont appris à interagir de manière bienveillante au sein d’un groupe. Mettre en place des processus de gestion par consentement. Abolir le moi-je. Travailler sur le savoir-être, les attitudes, les choses profondes qui nous dérangent. «Des trucs de hippies, c’est en tout cas ce que je pensais et puis j’ai trouvé ces enseignements très formateurs.» La confiance devient le moteur du groupe. Et ça fonctionne «Nous avons très peu de trolls (les nuisibles). Ceux qui rejoignent le mouvement s’investissent à la hauteur de ce qu’ils peuvent et savent faire. Et ça tourne.»

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L’an dernier, des arbres ont poussé au sein de l’organisation, entièrement bénévole, afin d’organiser le travail de la manière la plus transparente et évolutive et mieux répartir la charge de travail des fonctions support, animation de la communauté, du site et des réseaux sociaux, relation presse, administration.
Aujourd’hui Disco Soupe se définit plus comme une termitière que comme une entreprise. Antoine aime bien l’idée de stigmergie, cette méthode de communication indirecte utilisée par les termites. Elles déposent sur les briques qu’elles construisent des phéromones interprétées comme des messages par les autres membres de la communauté. «Si ça sent bien, elles vont construire par dessus, sinon non».
Chez Disco Soup, les briques s’appellent des Marcottes. C’est un peu nouveau, l’étape d’après. Elles permettent d’approfondir le projet de lutte contre le gaspillage. Chacun peut créer sa Marcotte, qui doit être approuvée par la Discothèque, par consentement mutuel. C’est comme ça que sont nés les Disco BôCô, fruits et légumes récupérés mis en pot. Colette, elle, a créé des confitures à base d’invendus et en a fait son projet de réinsertion. En échange, les Marcottes s’engagent à apporter une rétribution au mouvement–en temps, méthodologie, argent. Certaines marcottes deviendront peut être des business mais pour l’argent n’a jamais été le moteur de disco Soupe.
Le plus curieux dans l’histoire de Disco Soupe, c’est qu’on pourrait penser oui, ça fonctionne parce qu’ils sont jeunes et qu’ils appartiennent à cette génération qui préfère les communautés à la famille. Mais pas du tout. Disco Soupe recrute dans toutes les catégories sociales, et toutes les tranches d’âge, de l’assistance sociale à l’architecte, de l’OS au médecin. Et ça c’est le fin mot de l’histoire.

Petit lexique de la Discocratie
Arbres : cinq groupes de travail permettant d’assurer le fonctionnement de Disco Soupe en fonction des énergies bénévoles investies. Ils sont très récents et encore en train d’évoluer.

Cuistots : groupe historique des fondateurs, qui n’a aujourd’hui plus aucun rôle dans la gouvernance de Disco Soupe. Disco Soupe Crew : groupe de discussion sur Facebook le plus ouvert de Disco Soupe. On y rentre sur simple demande et on y parle en langue française. C’est un peu notre Disco Family  à tous ! Des évènements sont d’ailleurs régulièrement organisés pour nous retrouver : les potAG (voir ci-dessous), l’InterDisco à Tours en novembre 2013, le Disco Campus en février 2012 à Paris, le week-end Disco Love pour les 2 ans du groupe nantais en octobre 2014… Disco Soupe International : groupe de discussion sur facebook récemment crée pour la communauté non-francophone grandissant jour après jour. Disco Mojo : quelques principes simples, proposés pendant notre premier potAG, que nous essayons d’appliquer dans tous nos évènements et nos groupes de discussion.

Discocratie : nom donné à notre réflexion/expérimentation sur la gouvernance collective du mouvement. Discothèque : Discothèque est l’organe de prise de décision de la communauté. Elle consiste en groupe de discussion facebook ouvert à tous-tes les volontaires du Disco Soupe Crew, mais demande un peu de temps et d’énergie à y investir. Les décisions y sont prises par consentement, du mieux que l’on peut.

DJ : nom de ceux qui composent la Discothèque. Leur nombre peut varier mais ils sont une trentaine fin 2014. La liste des DJs est accessible en permanence aux membres du Disco Soupe Crew. DJ

Digest : compte-rendu des discussions de la Discothèque, accessible au Disco Soupe Crew et réalisé tous les deux mois. Marcottes : ce sont les projets incubés au sein de la communauté Disco Soupe. Un exemple de marcotte : Disco BôCô. « Le marcottage consiste à provoquer, en un point déterminé du rameau, la formation de racines adventives capables d’alimenter la marcotte, qu’on sèvre ensuite, en la séparant du pied mère. » — (O. Bussard, Cultures légumières, 1943)

potAG : rassemblements regroupant tous les disco motivé-e-s et où l’on met à plat notre fonctionnement collectif. Deux potAG ont ainsi déjà eu lieu : l’un à côté d’Orléans en juin 2013, et l’autre à Marseille en juin 2014.

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